Un sparadrap sur le cœur

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C’était un hiver long et triste, le plus froid que j’avais jamais vu. On gelait. Tous les passants se promenaient en se frottant les mains, pour se réchauffer. Mais ça n’était pas suffisant. Ils grelottaient et se ruaient chez-eux très rapidement pour rejoindre la famille et prendre le déjeuner. Des femmes portant coûteuses fourrures couraient vers les voitures car elles étaient en retard. La vie semblait assez rapide mais apparemment: dans les cœurs des gens, tout était mort et on pouvait remarquer ça sur leurs visages aux yeux éteints qui de temps en temps devenaient écarquillés pour les petites surprises que la journée réservait. Cette chance ne m’était jamais arrivée, mes yeux restaient toujours immobiles et indifférents… jusqu’au moment le plus fantastique, celui qui m’a changé la vie à jamais.

Le voyage était très fatiguant et je m’endormis le long du chemin. Quand je rouvris les yeux, on était en train de traverser une route goudronnée qui menait à l’entrée de la ville. Je descendis de la voiture aux vitres givrées et je posa mon sac bourré sur le sol. Je regardais – étonnée – la nature ainsi que la neige qui était en train de fondre. Tout à coup,  j’entendis la voix de mon frère qui m’appelait à tue-tête. «Chanel ! Dépêche-toi ! On va chez Guillaume, le meilleur ami de notre père! ». Je ne répondis pas, je pris mon sac et je m’approchai de lui pour lui demander des explications. «Guillaume ? Qui est Guillaume ? Papa m’a dis qu’on logerait dans un hôtel… » j’affirmai perplexe. «Vraiment ! tu croyais qu’il aurait gaspillé son argent pour ça ? Enfin, il a trouvé ce qu’il cherchait : un abri gratuit pour une semaine !» «Cet homme-là me surprend de plus en plus»
89ee1ff7a24b3d256aaa7b62aa72fe6a4cbc3ea2059f7Mes parents étaient chez Guillaume depuis quelques minutes, quand on arriva. J’étais gênée tandis que mon frère s’éclatait de rire à me voir rougir. Je lui lança un coup d’œil et il s’arrêta. «Bonjour monsieur, je m’appelle Chanel. Et lui, c’est Dérick, mon petit frère. Il aime faire le pitre. » je prononçais ces mots à voix basse. «Vos parents m’ont bien parlé de vous. Suivez-moi, je vous montre vos chambres où vous pourrez ranger vos affaires. Il y a une chambre pour chacun de vous. Dérick, voilà ta chambre. Elle est petite mais, au soir,  il y a une pénombre merveilleuse pour lire… ta mère m’a confié que tu aimais lire ! En effet , sur la gauche on a une vingtaine de bouquins pour toi ! Amuse-toi !» Je le regardais stupéfaite, éberluée. «ça va bien, ma chère ? Ne t’inquiète pas, maintenant je vais te montrer la tienne. Viens». On marcha de long en large, la maison était énorme. Elle semblait un dédale infini. Enfin, on parvint devant la porte de la pièce. Il l’ouvrit et je n’en cru pas mes yeux : une chambre aux murs jaunes, beaucoup de poupées disposées sur des consoles presque près du plafond. Une ampoule répandit un peu de lumière. Le lit était situé au milieu et entouré de fleurs feintes, précisément des tournesols. Il y avait aussi une petite fenêtre qui donnait sur son jardin. Bref, c’était une chambre où l’on pouvait se perdre dans une/la songerie.

« A coté de cette chambre, il y a celle de Joseph, mon fils. Tu ne l’as pas encore rencontré, il est en train de pêcher au petit lac. Quand il est seul, il aime se dédier à la pêche». «Donc, va-t-il souvent au lac ?» demandai-je innocemment. «Tous le jours». Guillaume soupira et s’en alla. Je compris que Joseph devait être un garçon différent des autres. Je laissai mon sac dans le casier et je fouinai partout dans la chambre. Il y avait un gros placard plein de documents. Avide de curiosité, je pris l’un d’eux et je le lis en silence. Une grande phrase à grands caractères était écrite en tête du papier : Un sparadrap sur le cœur. Je ne réussis pas à comprendre ce qu’elle signifiait. Puis, je pris les autres feuilles. C’était un livre, un livre inachevé que Joseph avait écrit. J’entendis des bruits, je reculai en cachant le document. La porte s’ouvrit et un garçon aux yeux marrons et cheveux châtains apparut. Il me fixa avec sa canne à pêche dans la main. Il m’arracha les feuilles des mains et s’empara d’eux. «Qui est-tu ?» me demanda-t-il enragé. «Moi, je suis Chanel» dis-je embarrassée. «Je ne connais personne qui s’appelle Chanel. Pourquoi tu es ici ? Et pourquoi tu as (as-tu) pris mes documents ? ». Sa voix se faisait plus douce car il avait remarqué mes yeux pleins de larmes. Je ne prononça que quelques mots étouffés sans donner de réponses à ses questions ciblées. Au début,  je me retins de pleurer, mais après quelques instants, je m’effondrais en sanglots. «Tu n’es qu’une petite enfant. Disparais !». Il ferma la porte violemment si bien qu’elle se rouvrit et je le vis se perdre dans le noir du couloir. La nuit commençait à tomber. Je fixais le vide étendue sur le lit. Quelqu’un cogna à la porte. C’était ma mère qui m’invita à dîner avec toute la famille. «J’ai pas faim, maman. Je croquerai des biscuits en forme de couronne plus tard». Ma mère semblait abasourdie. «Je ne te pose pas de questions, tu me fais peur». Étonnamment, elle quitta la chambre sans avoir reçu les réponses qu’elle désirait. Á dix heures trente du soir, je me rendis au jardin qui environnait la maison. Il y avait un banc, mais il n’y avait pas de lumière à part celle des étoiles. J’étais enfoncée dans mes pensées et soudainement je sentis une tape sur mon épaule. Je me retournais et je croisais le regard de Joseph, accroupi derrière le banc. «Je m’excuse. J’ai été un peu méchant ce matin. Tu as envie de parler ?». Je ne répondis pas mais il lut dans mes yeux qui brillaient un «oui» certain. Je me mis assise et il s’assit à coté de moi. Il me raconta sa vie et moi aussi. Environ deux ou trois heures se passa.  «…J’ai vingt ans et je n’ai pas encore embrassé une fille. Je voudrai donner un baiser à une fille unique. Et belle». Il me regarda en tremblant «Tu es unique. Et tu es belle». Je ferma mes yeux et je vis l’instant le plus palpitant de mon existence. La vie est comme une gare et les opportunités comme des trains. Quand on entend leurs sifflements on ne doit pas les rater. Je souris, il me rendit mon sourire. On rentra, dans la) main et on se souhaita «bonne nuit» devant les deux portes de nos chambres. Je glissais sous les draps plus heureuse que jamais. Le lendemain matin, en regardant vers la fenêtre, je remarquais quelque chose, une forme étrange. Je déplaçais les rideaux et je trouvais un bouquet de tournesols, de vraies tournesols, sur le rebord. Et à coté, il y avait une lettre. Je déchiffrais l’enveloppe et je lus le contenu. «Pour la fleur la plus belle. Rendez-vous au banc du jardin dans une demie heure. Je t’attends pour prendre le petit déjeuner». J’étais pleine de joie, mais je ne savais pourquoi. Etais-je tombée amoureuse de Joseph ? Etait-ce un coup de foudre ? Je mis le petit cadeau sur mon lit et je mouillai mes cheveux hâtivement pour ne pas manquer les rendez-vous. Joseph m’attendit assis sur le banc, comme il me l’avait dit, avec deux croissants et un pot de confiture. «Bonjour chérie, tu as bien dormi ?» me demanda-t-il avec un sourire éclatant. «Oui, j’ai fait de beaux rêves car la vie semble être un cauchemar. Est- ce possible ?» «De quoi tu parles ?» «Je t’ai aimé au moment où j’ai rencontré tes yeux» chuchotai-je. Joseph était sans mots. Il reprit son souffle, prit ma main et me caressa la joue. «Moi, je t’aime et je ne connais pas la raison. Et, de toutes façons, ça ne m’intéresse pas» il dit en pleurant des larmes de joie. «Je n’ai jamais été aussi heureuse. Je t’aime». Je l’éteins et je m’aperçus que ce n’était pas une songerie/un rêve. C’était seulement le début d’une longue histoire d’amour. Je ne rebroussai pas chemin, mes parents rentrèrent chez-eux et moi, je restai chez Guillaume avec Joseph. Petit à petit, je découvris ses valeurs et ses défauts et j’appris à les aimer. Un jour, il me dit «Tu m’as mis un sparadrap sur le cœur, tu sais ?». Cet hiver-là, triste et chagrin, devint un été destiné à durer à jamais.

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